(3/3) Classification du hadîth wâhid en fonction de son authenticité ou de sa faiblesse (suite)

1) Le hadîth rejeté (mardûd)
-- A) Le hadîth faible (dha'îf)
-- B) Le hadîth rejeté à cause d'une omission dans la chaîne de transmission
---- I. Les différentes catégories d'omission flagrante (saqt zâhir)
------ i) Le hadîth Mu'allaq
------ ii) Le hadîth Mursal 
------ iii) Le hadîth Mu'dhal 
------ iv) Le hadîth Munqati' 
---- II. Les différentes catégories d'omission discrète (saqt khafiyy)
------ i) Le hadîth Mudallas
------ ii) Le hadîth Mursal khafiyy
---- III. Supplément concernant le hadîth discontinu (munqati')
------ i) Le hadîth Mu'an'an (معنعن) et le hadîth Mu'annan (مؤنن)
-- C) Le hadîth rejeté à cause d'une critique concernant un ou plusieurs de ses rapporteurs
---- I. Le hadîth Mawdhû'
---- II. Le hadîth Matrûk
---- III. Le hadîth Munkar
---- IV. Le hadîth Ma'rûf
---- V. Le hadîth Shâdhdh et Mahfûz
---- VI. Le hadîth Mu'allal
---- VII. La contradiction avec les rapporteurs fiables
------ i) Le hadîth Mudraj
------ ii) Le hadîth Maqlûb
------ iii) Al-mazîd fî muttasil il-asânîd
------ iv) Le hadîth Mud'tarib
------ v) Le hadîth Musahhaf
---- VIII. L'ignorance du rapporteur (al-djahâla bir-râwî)
---- IX. La bid'a
---- X. Le défaut de mémoire

Cet article sera impérativement précédé de la lecture du précédent : (2/3) Classification du hadîth wâhid (donc non mutawâtir) en fonction de son authenticité ou de sa faiblesse.


Dans l'article précédent, nous avons abordé le hadîth accepté (maqbûl). Voyons à présent le hadîth rejeté (mardûd).

1) Le hadîth rejeté (mardûd) :

Définition :
C'est le hadîth dont la véracité du rapporteur n'est pas le plus probable, et ce à cause de l'absence d'un ou de plusieurs critères d'authenticité précédemment étudiées (cf. critères d'authenticité).

-
Ses catégories et les causes de son rejet :
Les savants ont divisé le hadîth mardûd en beaucoup de catégories (certains l'ont divisé en une quarantaine de catégories). Ils n'ont accordé de noms spcécifiques qu'à certaines d'entre elles. Quant aux autres, ils les ont désignées par le terme générique "hadîth faible".

Les causes de rejet du hadîth, bien que nombreuses, sont globalement de deux types :
-- Une discontinuité dans la chaîne de transmission (saqtun min al-isnâd)
-- Un défaut du rapporteur
De chacune de ces deux causes générales découlent de nombreuses catégories que nous étudierons - s'il plaît à Dieu.
Commençons par le hadîth "faible" qui est le terme générique pour désigner un hadîth rejeté (mardûd).

-

A) Le hadîth faible (dha'îf) :

Définition :
-- Littéralement, c'est le contraire de "fort".
La faiblesse peut être perceptible (hissî) ou conceptuelle (ma'nawî). En l'occurence il s'agit de la faiblesse conceptuelle.
-- Terminologiquement, c'est le hadîth qui ne respecte pas ne serait-ce qu'un seul critère du hadîth hassan.

-
Ses différents degrés :
Il y a plusieurs degrés de faiblesse plus ou moins intenses d'un hadîth tout comme il existe plusieurs degrés d'authenticité. Ils diffèrent en fonction de l'intensité de la faiblesse des rapporteurs.
Il existe en effet des hadîths faibles, d'autres très faibles, d'autres encore munkar ; le degré de faiblesse le plus intense étant représenté par le hadîth inventé (mawdhû').

-
La chaîne de transmission la plus faible :
Tout comme il y a eu des avis concernant la détermination de la chaîne la plus authentique, il y a eu des chaînes de transmission qui ont été désignées comme étant "la plus faible". En effet, al-Hâkim an-Nîsâbûrî a cité, dans ma'rifatu 'ulûm il-hadîth, un ensemble de chaînes considérées comme les plus faibles par rapport à certains compagnons, ou certaines régions ou villes.
En voici quelques exemples :
-- La chaîne la plus faible concernant Abû Bakr (que Dieu l'agrée) : "Sadaqa ibn Mûsâ ad-Daqîqî, de Farqad as-Subkhî, de Murra at-Tayyib, de Abû Bakr".
-- La chaîne la plus faible des habitants du Shâm : "Muhammad ibn Qays al-Maslûb, de 'Ubaydullâh ibn Zah'r, de 'Alî ibn Yazîd, de al-Qâsim, de Abû Umâma".
-- La chaîne la plus faible concernant Ibn 'Abbâs (que Dieu l'agrée) : "As-Suddî us-saghîr Muhammad ibn Marwân, de al-Kalbî, de Abû Sâlih de Ibn 'Abbâs". Ibn Hajar a qualifié cette chaîne de celle du mensonge et non pas d'or.

-
Exemple :
Hakîm al-Athram relate de Abû Tamîma al-hujaymî, de Abû Hurayra, du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) qu'il a dit : "Quiconque a des rapports sexuels avec une femme qui a ses règles, ou avec une femme par voie anale, ou consulte un devin, celui-là a renié ce qui a été révélé à Muhammad" (Tirmidhî, 135). At-Tirmidhî rajoute après avoir rapporté ce hadîth : nous ne connaissons ce hadîth que par la chaîne de transmission de Hakîm al-Athram, de Abû Tamîma al-hujaymî, de Abû Hurayra. Ensuite il ajoute : Muhammad* a considéré faible ce hadîth compte tenu de sa chaîne.
En fait, Hakîm al-Athram a été considéré faible par les savants. En effet, Ibn Hajar, dans son livre Taqrîb ut-Tah'dhîb, l'a qualifié ainsi : "Il y a du lîn en lui" (fîhi lînun).
*C'est-à-dire al-Bukhârî.

-
Le statut du fait de relater des hadîths dha'îf :
Selon les ahl ul-hadîth et d'autres, il est autorisé de relater des hadîths faibles sans préciser qu'ils sont faibles - contrairement aux hadîth inventés (mawdhû') qu'il est interdit de relater sauf à préciser qu'ils sont inventés - à deux conditions :
-- Première condition : qu'il ne s'agit pas d'une croyance. Par exemple, les qualités de Dieu.
-- Seconde condition : qu'il ne s'agit pas d'une règle juridique (telle chose est autorisée ou interdite).

Cela signifie qu'il est autorisé de les relater à l'occasion de sermons, d'encouragements, de dissuasions (at-targhîb wat-tarhîb) ou lorsqu'on raconte une histoire, et autres. Ce faisant, il faut formuler cela en disant : il a été relaté du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), ou : telle parole nous est parvenu de lui, ou autres formules similaires ; cela pour ne pas attribuer directement telle parole au Prophète tout en sachant qu'elle est faible (dha'îf).

Le statut de la prise en considération de son contenu (al-'amalu bihî) :
Il y a divergence entre les savants concernant la prise en considération du contenu d'un hadîth faible.
La majorité des savants (djumhûr ul-'ulamâ') sont d'avis qu'il est recommandé (mustahabb) de le prendre en considération quand il s'agit des vertus des actions (fadhâ'il ul-a'mâl) à trois conditions qui ont été exposées par Ibn Hajar. Les voici :
-- Première condition : que ce ne soit pas une grande faiblesse (dhu'f ghayru shadîd)
-- Seconde condition : que le hadîth aborde un point dont le principe a déjà été établi par un autre hadîth dont le contenu est pris en considération (yandariju tah'ta as'lin ma'mulin bihî).
-- Troisième condition : qu'on ne pense pas, lorsque l'on met en pratique son contenu, qu'il est établi (thâbit).

-
Les recueils les plus célèbres dans lesquels il y a des hadîths faibles :
-- Les livres dont l'objet est la mention des rapporteurs faibles. En effet, leurs auteurs mentionnent, à titre d'exemple, des hadîths qui sont devenus faibles compte tenu de leur narration par ces rapporteurs faibles.
Par exemple, Kitâb ud-dhu'afâ' d'Ibn Hibbân et Mîzân ul-i'tidâl d'adh-Dhahabî.
-- Les livres dont l'objet est la compilation d'une catégorie spécifique de hadîth faible telle que le hadîth mursal, mudraj, mu'allal et autres.
Par exemple, Kitâb ul-marâsîl d'Abû Dâoûd, al-'ilal ul-wâridatu fil ahâdîth in-nabawiyyah de ad-Dâraqutnî.

-

B) Le hadîth rejeté à cause d'une omission dans la chaîne de transmission :

Par "discontinuité" on entend le fait que la chaîne de transmission soit rompue par l'absence d'un ou de plusieurs rapporteurs, que cela soit volontaire ou non, que cela se produise au début, au milieu ou à la fin de celle-ci, et que ce soit flagrant (zâhir) ou discret (khafiyy).

-
Les catégories d'omission :
- L'omission flagrante (saqt zâhir) : c'est celle qui est connue à la fois des maîtres et des étudiants en science du hadîth.
Cette omission se caractérise par l'absence de rencontre entre le rapporteur et son professeur (celui de qui il relate), soit qu'il n'était pas son contemporain, soit qu'il l'était mais il ne l'a pas rencontré, et par conséquent il n'a de lui ni ijâza* ni wijâda*.
*La ijâza, c'est l'autorisation accordée par un rapporteur (le professeur) à un autre rapporteur (l'élève) de relater de lui.
*La wijâda, c'est le fait qu'un rapporteur trouve un livre écrit par un autre rapporteur, et ce rapporteur relate ce qu'il y lit de l'auteur.

Les savants du hadîth nomment ce type d'omission de quatre manières différentes en fonction du niveau de la chaîne où elle se produit ou en fonction du nombre de rapporteurs absents :
--- Le hadîth mu'allaq
--- Le hadîth mursal
--- Le hadîth mu'dhal
--- Le hadîth munqati'

- L'omission discrète (saqt khafiyy) : c'est celle qui n'est connue que des maîtres du domaine.
Elle possède deux appellations :
--- Le hadîth mudallas
--- Le hadîth al-mursal ul-khafiyy
Etudions à présent chacune de ces six appellations...

-
I. Les différentes catégories d'omission flagrante (saqt zâhir) :

i) Le hadîth mu'allaq :

Définition :
- Littéralement, "mu'allaq" est le participe passif du verbe "'allaqa" qui signifie : suspendre une chose à une autre.
Ce type de chaîne de transmission a ainsi été qualifiée de "suspendue" car elle est n'est continue (muttasil) qu'en haut et est discontinue (munqati') d'en bas ; elle est donc comme un objet suspendu au plafond.
- Terminologiquement, c'est le hadîth dont un ou plusieurs rapporteurs ont été omis successivement au début de la chaîne.
Le début de la chaîne, c'est sa partie la plus proche de nous. Autrement dit, c'est le professeur de qui relate l'auteur d'un recueil quelconque. On dit que c'est le début de la chaîne car c'est par là que nous débutons sa lecture.
En arabe, le début de la chaîne est dit : "awwal us-sanad" ou "mabda' us-sanad".

-
Ses cas de figure :
-- La chaîne de transmission toute entière est omise. L'auteur dit donc directement : le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) a dit telle chose.
-- Toute la chaîne de transmission est omise sauf le compagnon, ou sauf le compagnon et le tâbi'î.

-
Exemple :
Al-Bukhârî a rapporté dans l'introduction d'un chapitre à propos de la cuisse : "Abû Mûsâ a dit : le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a couvert ses genoux lorsque 'Uthmân entra" (al-Bukhârî, livre de la prière, chapitre 12).
Voici donc un hadîth mu'allaq. En effet, al-Bukhârî a omis la totalité de la chaîne de transmission sauf le compagnon (Abû Mûsâ al-ash'arî).

-
Son statut :
Le hadîth mu'allaq est rejeté car il ne répond pas à un des critères d'acceptation qu'est la continuité de la chaîne (ittisâl). En effet, un ou plusieurs rapporteurs sont omis, ce qui fait qu'on ignore s'ils sont fiables.

-
Le statut des hadîths mu'allaq rapportés dans le sahîh d'al-Bukhârî et de Muslim :
Le statut de rejeté vaut pour le hadîth mu'allaq en général. Cependant, lorsqu'il est rapporté dans un recueil dédié aux hadîths authentiques (comme c'est le cas des deux sahîh de Muslim et d'al-Bukhârî), il possède un statut spécifique :
-- S'il est rapporté avec une formule catégorique telle que : "Il a dit" (qâla), "Il a mentionné" (dhakara), "Il a relaté" (hakâ), alors c'est un hadîth authentique.
-- S'il est rapporté avec une formule qui n'est pas catégorique telle que "Il a été dit" (qîla), "Il a été mentionné" (dhukira) ou "Il a été relaté" (hukiya), alors ce peut être un hadîth authentique, hasan ou dha'îf.
Plusieurs savants ont réalisé un travail de recherche afin de statuer sur ces hadîths mu'allaq rapportés dans le sahîh d'al-Bukhârî, parmi lesquels Ibn Hajar (voir son livre Taghlîq ut-ta'lîq).

-

ii) Le hadîth mursal :

Définition :
- Littéralement, "mursal" est le participe passif de "arsala" dans le sens de "relâcher". C'est comme si le rapporteur a "relâché" la chaîne de transmission et ne l'a pas "attaché" à un rapporteur connu.
- Terminologiquement, c'est le hadîth dont la fin de la chaîne ne comporte pas de rapporteur, c'est-à-dire le niveau après le tâbi'î*.
*Est tâbi'î toute personne ayant rencontré un compagnon en étant croyant et est mort croyant.

Explication de la définition :
La "fin" de la chaîne, c'est le niveau qui vient après celui du tâbi'î. Autrement dit, c'est le niveau du compagnon.

Concrètement, c'est lorsque le tâbi'î - qu'il soit petit ou grand - dit directement : "le Prophète a dit ou fait telle chose ou quelqu'un a fait telle chose en sa présence" sans citer le compagnon qui lui a relaté le hadîth concerné.

Exemple :
Muslim rapporte de Muhammad ibn Râfi' qui relate de Hujayn, qui relate de 'Uqayl, d'Ibn Shihâb, de Sa'îd ibn ul-Musayyab, qui a dit que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) a interdit les transactions de type "muzâbana" (Muslim, livre des transactions, n°77).
Sa'îd ibn ul-Musayyab est un tâbi'î, et pourtant il relate ce hadîth directement du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) sans citer d'intermédiaire (entre lui et le Prophète). Il a donc omis le rapporteur de la "fin" de la chaîne, celui qui vient après le niveau du tâbi'î.
Il y a deux possibilités quant au type de rapporteur omis :
- Soit il s'agit d'un compagnon uniquement.
- Soit il s'agit, en sus du compagnon, d'un autre tâbi'î.

La définition du hadîth mursal selon les juristes et les usûliyyûn :
La définition que nous avons précédemment vue est celle des savants du hadîth (muhaddithûn).
Selon les juristes et les usûliyyûn, le hadîth mursal est plus général que cela. En effet, c'est tout hadîth dont la chaîne est discontinue (quelle que soit la catégorie de discontinuité) qui est mursal. C'est aussi l'avis de al-Khatîb.

Son statut :
À l'origine, le hadîth mursal est faible et rejeté. Cela car :
- il ne répond pas à un des critères d'acceptation qu'est la continuité de la chaîne (ittisâl).
- on ignore la fiabilité du rapporteur omis. En effet, il y a une possibilité, comme vu précédemment, que celui-ci ne soit pas un compagnon ; auquel cas il peut être non fiable (dha'îf).

Néanmoins, il y a eu divergence parmi les muhaddithûn eu égard au fait que le rapporteur omis est souvent un compagnon. Or tout compagnon est moralement intègre (as-sahâbatu kulluhum 'udûl). Par conséquent, ne pas connaître son identité ne nuit en rien à l'authenticité du hadîth concerné.

En résumé, il y a trois avis :
-- Faible et rejeté.
C'est l'avis de la majorité des muhaddithûn, de beaucoup de juristes et de usûliyyûn.
Leur argument est qu'on ignore la fiabilité du rapporteur omis, compte tenu de la possibilité que ce ne soit pas un compagnon.

-- Authentique à condition que le rapporteur qui omet (le mursil) soit fiable (thiqa) et qu'il n'omet que des rapporteurs fiables.
C'est l'avis d'un groupe de savants, parmi lesquels les trois imâm : Abû Hanîfa, Mâlik et Ahmad dans l'avis célèbre de lui (fî-l-mash'hûri 'anhu).
Leur argument est que le tâbi'î fiable ne s'autorise pas à affirmer que le Messager de Dieu a dit quelque chose sans l'avoir entendu d'une personne fiable.

-- Authentique à condition que :
--- Celui qui omet un rapporteur (le mursil) :
------ fasse partie des grands tâbi'î (kibâr ut-tâbi'în)
------ ait une rétention mémorielle élevée et complète (tâmm ud-dab't), de sorte à ce que si d'autres rapporteurs à la rétention mémorielle élevée relatent le même hadîth que lui, les deux narrations correspondent.
------ cite le prénom d'une personne fiable (thiqa) lorsqu'il est questionné au sujet de l'identité du rapporteur qu'il a par ailleurs omis.
---- Le hadîth mursal concerné :
------ Soit est relaté par une seconde chaîne de transmission qui est, pour sa part, continue (musnad).
------ Soit est relaté par une seconde chaîne de transmission qui est mursal aussi (c.-à-d. que le rapporteur de la seconde chaîne ne relate pas des mêmes personnes que le rapporteur de la première chaîne).
------ Soit correspond au propos d'un compagnon.
------ Soit la plupart des savants donnent fatwa selon ce que son contenu implique (yuftî bi muqtadâhu aktharu ahl il-'ilm).
C'est l'avis d'ash-Shâfi'î et de certains autres savants.
On pourrait illustrer ces conditions ainsi :
-- Hadîth mursal + hadîth musnad = authentique
-- Hadîth mursal + hadîth mursal = authentique
-- Hadîth mursal + propos d'un compagnon = authentique
-- Hadîth mursal + Fatwâ de la plupart des savants = authentique

-
Le hadîth mursal du compagnon (mursal us-sahâbî) :
C'est le hadîth (parole ou acte du Prophète) relaté par un compagnon alors qu'il n'a pas directement entendu ou vu le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) le dire ou le faire. Cela soit à cause de son petit âge, soit à cause de sa conversion postérieure ou tout simplement de son absence (au moment de la parole ou l'acte du Prophète).
Beaucoup de hadîths relatés par les petits compagnons (sighâr us-sahâba) tels qu'Ibn 'Abbâs, Ibn uz-Zubayr et autres sont de ce type.

-
Le statut du mursal us-sahâbî :
L'avis correct de la majorité des savants est que le mursal us-sahâbî est authentique et qu'on argumente par lui (yuh'tajju bihî). Cela car les compagnons relatent rarement des hadîths des tâbi'î. Et lorsqu'ils relatent d'eux, ils le précisent. Donc, lorsqu'ils ne le précisent pas, le principe est qu'ils ont entendu ce hadîth d'un autre compagnon. Or l'omission d'un compagnon dans une chaîne de transmission n'est pas préjudiciable à son authenticité.
L'autre avis est que le mursal us-sahâbî est comme tout autre hadîth mursal. Cet avis est rejeté.

-
Les écrits les plus célèbres au sujet du hadîth mursal :
-- "Al-Marâsîl" de Abû Dâoûd
-- "Al-Marâsîl" de Ibn Abî Hâtim
-- "Djâmi' ut-tahsîl li ahkâm il-marâsîl" de al-'Alâ'î

-

iii) Le hadîth Mu'dhal :

Définition :
-- Littéralement, "mu'dhal" est le participe passif du verbe "a'dhala" qui signifie : "poser un problème à", "être difficile".
-- Terminologiquement, c'est le hadîth relaté par une chaîne dans laquelle deux rapporteurs ou plus ont été omis de manière consécutive (mâ saqata min isnâdihî ithnâni fa akthar 'ala-t-tawâlî).

-
Exemple :
Le hadîth rapporté par al-Hâkim avec sa chaîne de transmission jusqu'à al-Qa'nabî, qui relate de Mâlik, qui dit que "lui est parvenu" (balaghahû) de Abû Hurayra (que Dieu l'agrée) qu'il a dit : le Messager de Dieu a dit (que Dieu le bénisse et le salue) : "Un esclave reçoit sa nourriture et ses vêtements selon l'usage, et il n'est tenu d'accomplir que les tâches dont il est capable" (ma'rifatu 'ulûm il-hadîth). Al-Hâkim a écrit que ce hadîth est mu'dhal et qu'il est rapporté ainsi par Mâlik dans son muwattâ (son recueil).
En effet, ce hadîth est mu'dhal car, entre Mâlik et Abû Hurayra, deux rapporteurs consécutifs ont été omis. On sait que c'est le cas du fait que le même hadîth est rapporté ailleurs que dans le muwattâ de Mâlik ainsi : Mâlik relate de Muhammad ibn 'Ajlân, de son père, de Abû Hurayra.

-
Son statut :
Le hadîth mu'dhal est, à l'unanimité des savants, faible. Et il est plus faible que le hadîth mursal et munqati' à cause de la multitude de rapporteurs omis.

-
Dans certains cas, le hadîth mu'dhal est également mu'allaq :
Le hadîth est à la fois mu'dhal et mu'allaq lorsque deux rapporteurs sont consécutivement omis en début de chaîne.
Par contre, le hadîth mu'dhal se distingue du mu'allaq dans deux cas :
-- a) lorsque deux rapporteurs sont consécutivement omis en milieu de chaîne, c'est alors un hadîth mu'dhal ;
-- b) lorsqu'un seul rapporteur est omis en début de chaîne, c'est alors un hadîth mu'allaq.

On dit qu'il y a un lien de "'umûm wa khusûs min wajhin" entre ces deux catégories de hadîth.

-
Les livres dans lesquels on trouve des hadîths mu'dhal :
As-Suyûtî dit qu'on retrouve les hadîths mu'dhal, munqati' et mursal dans :
-- Kitâb us-sunan de Sa'îd ibn Mansûr ;
-- Les écrits de Ibn Abi-d-Dunyâ (tadrîb ur-râwî, 1/214).

-

iv) Le hadîth munqati' :

Définition :
- Littéralement, c'est le participe actif de "inqitâ'" (discontinuité), qui est le contraire de "ittisâl" (continuité).
- Terminologiquement, c'est le hadîth dont la chaîne de transmission contient une discontinuité quelle qu'elle soit.

-
Explication de la définition :
Cela signifie que le hadîth munqati', c'est tout hadîth dont la chaîne de transmission est discontinue quel que soit le niveau où cela se produit : que ce soit au début, au milieu ou à la fin. Ainsi, selon cette définition, le hadîth munqati' est plus général et englobe les hadîth mursal, mu'allaq et mu'dhal.
Cependant, les savants muta'akhkhir ainsi que la majorité des savants mutaqaddim ont employé le terme "munqati'" pour désigner le hadîth qui ne correspond ni au mursal, ni au mu'dhal, ni au mu'allaq.

C'est pourquoi an-Nawawî a dit qu'on emploie majoritairement le terme "munqati'" dans le cas d'un hadîth relaté par un rapporteur qui se situe en-dessous du niveau du tâbi'î et qui relate du compagnon. Par exemple, Mâlik qui relate directement de Ibn 'Umar.

-
Le hadîth munqati' selon les savants muta'akhkhir :
Comme nous venons de le voir, selon eux le hadîth munqati' c'est tout hadîth dont la chaîne est discontinue et qui ne correspond ni au hadîth mursal, ni au hadîth mu'allaq, ni au hadîth mu'dhal.
Autrement dit, "munqati'" est un terme général pour désigner tout hadîth dont la chaîne est discontinue en dehors de trois cas de figure. Ces cas de figure sont : l'omission d'un rapporteur au début ou à la fin de la chaîne ainsi que l'omission de deux rapporteurs consécutifs quel que soit le niveau.
Ibn Hajar est de cet avis.

Le hadîth munqati' peut contenir une omission à un seul ou plusieurs niveaux de la chaîne.

-
Exemple :
'Abd ur-Razzâq relate de ath-Thawrî, d'après Abû Is'hâq, d'après Zayd ibn Youthay', d'après Hudhayfa marfû'an* : "Si vous lui confiez à Abû Bakr... c'est un homme fort et honnête" (rapporté par al-Hâkim in ma'rifatu ulûm il-hadîth, Ahmad, al-Bazzâr et at-Tabrânî in al-awsat avec le même sens).
*C'est-à-dire qu'il attribue la parole au Prophète (que Dieu le bénisse et le salue).

Cette chaîne de transmission contient une omission d'un rapporteur. Il s'agit de Sharîk. Il se trouve entre ath-Thawrî et Abû Is'hâq.
En effet, ath-Thawrî n'a pas directement entendu de hadîth de Abû Is'hâq mais plutôt de Sharîk qui, lui, l'a entendu de Abû Is'hâq.
Ce hadîth est donc munqati' car il ne correspond ni au cas de figure du hadîth mursal, ni à celui du mu'allaq ou du mu'dhal.

-
Son statut :
Le hadîth munqati' est faible (dha'îf) à l'unanimité des savants. Cela car :
- il ne répond pas à un des critères d'authenticité qu'est la continuité de la chaîne de transmission (ittisâl) ;
- on ignore la fiabilité du rapporteur omis (al-djahl bi hâl ir-râwî).

-

II. Les différentes catégories d'omission discrète (saqt khafiyy) :

i) Le mudallas :

Définition :
a) Littéralement, "mudallas" est le participe passif de "tadlîs" qui signifie : "dissimuler le défaut d'une marchandise (afin que l'acheteur potentiel ne le remarque pas)". Le mot "tadlîs" est dérivé de "dals" qui signifie : "obscurité". C'est comme si celui qui se rend coupable de tadlîs (le mudallis) rend obscure son affaire en cachant quelque chose à celui qui écoute son hadîth.
b) Terminologiquement, c'est la dissimulation d'un défaut de la chaîne de transmission et l'embellissement de son apparence.

-
Explication de la définition :
Cela signifie que le mudallis cache le défaut de la chaîne de transmission en omettant son professeur et donc en relatant du professeur de son professeur. Mais il ruse pour que cette omission ne soit pas flagrante afin que celui qui voit cette chaîne pense qu'elle est continue (muttasil).

-
Les catégories de tadlîs :
Il y a deux catégories principales de tadlîs : le tadlîs ul-isnâd et le tadlîs ush-shuyûkh.
- 1) Le tadlîs ul-isnâd :
Les savants ont défini cette catégorie de tadlîs de différentes manières. Mahmûd at-Tahhân en a sélectionné une qu'il considère être la plus correcte et la plus précise : celle donnée par les deux imâm Abû Ahmad ibn 'Amr al-Bazzâr et Abû-l-Hassan ibn ul-Qattân. La voici :
-- a) Définition : le tadlîs ul-isnâd consiste, pour un rapporteur, à attribuer à une personne (de qui il a déjà entendu un autre hadîth) un hadîth qu'il n'a pas entendu directement d'elle, sans mentionner explicitement qu'il l'a entendu de sa bouche.
-- b) Explication de la définition : le sens de cette définition est que le tadlîs ul-isnâd consiste, pour un rapporteur, à relater de son professeur (A) un hadîth qu'il n'a pas directement entendu de lui, alors qu'il a déjà entendu de lui un ou plusieurs autre(s) hadîth(s). En réalité, ce hadîth il l'a entendu d'un autre professeur (B) qui, lui, l'a entendu du professeur (A). Mais il omet volontairement de citer ce professeur (B) tout en utilisant une formule qui exprime une possibilité qu'il l'ait entendu directement du professeur (A), comme par exemple "il a dit" ou "d'après" ("'an") afin de faire croire qu'il l'a entendu de lui (A), mais sans jamais mentionner explicitement qu'il l'aurait entendu de lui (A). Il n'emploie donc pas les formules : "j'ai entendu" ou "il m'a rapporté" ("haddathanî") afin de ne pas être catégorisé comme menteur. Quant au nombre de rapporteurs qu'il peut omettre, il peut être de un ou plus.
-- La différence entre le tadlîs ul-isnâd et le irsâl khafiyy : dans les deux cas, le rapporteur relate une information de quelqu'un de qui il ne l'a pas entendue, et ce en employant une formule équivoque. Cependant, dans le cas du tadlîs ul-isnâd, le rapporteur a par ailleurs entendu d'autres hadîth de ce professeur, alors que ce n'est pas du tout le cas pour le irsâl khafiyy.
-- Exemple : al-Hâkim rapporte avec sa chaîne de transmission jusqu'à 'Ali ibn Khashram qui dit : Ibn 'Uyayna nous a dit : d'après az-Zuhrî. Alors il lui fut demandé : l'as-tu entendu de az-Zuhrî ? Il répondit : non, (je ne l'ai entendu ni d'az-Zuhrî, ni) de celui qui l'a entendu d'az-Zuhrî. En effet, c'est 'Abd ur-Razzâq qui m'a rapporté (haddathanî) d'après Ma'mar, d'après az-Zuhrî.
Nous constatons donc qu'Ibn 'Uyayna a omis là deux rapporteurs qui se trouvaient entre lui et az-Zuhrî.

- 2) Le tadlîs ut-taswiya :
En réalité, ce type de tadlîs est une sous-catégorie du tadlîs ul-isnâd.
-- a) Définition : c'est le fait, pour un rapporteur, de relater de son professeur, puis d'omettre un rapporteur faible qui se situe entre deux rapporteurs fiables (thiqa) qui se sont déjà rencontrés.
Par exemple, un rapporteur relate un hadîth de son professeur fiable, qui lui relate d'un rapporteur faible, qui relate d'un rapporteur fiable. Or ces deux rapporteurs fiables se sont déjà rencontrés. Donc, ce rapporteur mudallis qui a entendu le hadîth de son professeur fiable omet le rapporteur faible. Ainsi le rapporteur faible a disparu de la chaîne, et celle-ci est devenue : lui qui relate de son professeur fiable, qui relate d'un autre fiable. Le tout est fait en employant une formule équivoque.

Ce type de tadlîs est le pire de tous. Cela car il se peut que le rapporteur fiable ne soit pas connu pour être mudallis. Ainsi, quiconque étudierait la chaîne de transmission modifiée pourrait la qualifier d'authentique, alors qu'en réalité il y a un rapporteur faible qui a été omis.

- b) Les rapporteurs les plus célèbres pour cette pratique :
-- Baqiyya ibn ul-Walîd
-- Al-Walîd ibn Muslim

- c) Exemple : Ibn Abî Hâtim relate qu'il a entendu son père dire d'un hadîth qu'il a une affaire que peu de gens comprennent. Il parlait du hâdith relaté par Is'hâq ibn Râhawayh, d'après Baqiyya qui a dit : Abû Wahb al-Asadî m'a rapporté (haddathanî) d'après N'afî', d'après Ibn 'Umar, le hadîth : "Ne faîtes pas l'éloge de l'acceptation de l'islam d'une personne jusqu'à ce que vous connaissiez le noeud de son opinion" (al-'ilal).
Ce hadîth a été relaté par 'Ubayd ullâh ibn 'Amr (fiable), d'après Is'hâq ibn Abî Farwa (faible), de Nâfi' (fiable), d'après Ibn 'Umar, du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue).
En fait, 'Ubayd ullâh ibn 'Amr a pour surnom (kunya) Abû Wahb et il est apparenté à la tribu des banû Asad (d'où "al-Asadî"). Baqiyya l'a désigné par son surnom ainsi que son appartenance aux banû Asad afin qu'on ne reconnaisse pas que c'est de 'Ubayd ullâh ibn 'Amr qu'il s'agit et que l'omission de Is'hâq ibn Abî Farwa passe par conséquent inaperçu.

-3) Le tadlîs ush-shuyûkh :
-- a) Définition : c'est le fait, pour un rapporteur, de relater un hadîth de son professeur tout en le désignant par un nom, un surnom, une appartenance ou une caractéristique peu connue afin qu'on ne le reconnaisse pas.
-- b) Explication de la définition : c'est le fait, pour un rapporteur mudallis, de relater de son professeur un hadîth qu'il a entendu de lui (donc il n'est pas question d'une quelconque omission) tout en camouflant son nom, son surnom, sa parenté ou une de ses caractéristiques.
Par exemple, si le nom du professeur est : Mahmûd ibn Ahmad at-Tahhân, son surnom : Abû Hafs, sa parenté : at-Tahhân et une de ses caractéristiques : la barbe blanche. Le rapporteur mudallis rapporte de lui en le désignant ainsi : Ibn Ahmad, ou Abû Suhayl (car Suhayl est un de ses fils), ou Mahmûd al-Halabî (car il vient de la ville d'Alep), ou celui à la barbe blanche (car il a réellement une barbe blanche). Le problème étant que ce professeur n'est pas connu auprès des gens par ces appellations. Par conséquent, le désigner ainsi est une forme de dissimulation et de tadlîs de son nom car il sait qu'il y a en lui un défaut (un dhu'f, un âge trop petit, etc.).
-- c) Exemple : Abû Bakr ibn Mujâhid a dit : 'Abdullâh ibn Abî 'Abdillâh nous a rapporté (haddathanâ)...
En réalité, il désignait : Abû Bakr ibn Abî Dâoûd as-Sidjistânî.

-
Le statut du tadlîs :
- a) Le tadlîs ul-isnâd est fortement répréhensible (makrûh djiddan). La plupart des savants l'ont condamné. Shu'ba figure parmi ceux qui le blâmaient le plus durement. Il disait de ce tadlîs qu'il est le frère du mensonge.
- b) Le tadlîs ut-taswiya est encore plus répréhensible.
- c) Le tadlîs ush-shuyûkh est moins répréhensible que le tadlîs ul-isnâd ; car le mudallis n'a omis aucun rapporteur. Le caractère répréhensible est dû au fait qu'il rend volontairement difficile de reconnaître le professeur. Enfin, le degré de répréhensibilité varie en fonction du mobile du rapporteur.

-
Les mobiles du mudallis :
-- a) Concernant le tadlîs ush-suyûkh, il y en a quatre :
---- 1) La faiblesse du professeur ou sa non-fiabilité ;
---- 2) La mort tardive du professeur de sorte à ce que d'autres personnes ont entendu de lui après le mudallis ;
---- 3) Le petit âge de son professeur, qui est plus petit que le mudallis ;
---- 4) Le grand nombre de narrations que le mudallis a faite de ce professeur. Il n'aime donc pas désigner ce professeur d'une seule manière.
-- b) Concernant le tadlîs ul-isnâd, il y en a cinq :
---- 1) Faire croire aux gens que sa chaîne de transmission est élevée ('âlî) ;
---- 2) Le fait qu'il manque au mudallis un hadîth du professeur de qui il a par ailleurs entendu beaucoup d'autres hadîths ;
---- 3), 4) et 5) Les trois premiers mobiles du tadlîs ush-suyûkh.

-
Les griefs contre le mudallis :
- a) Le fait qu'il fasse croire qu'il a entendu de quelqu'un de qui il n'a pas entendu ;
- b) Le fait qu'il emploie un terme équivoque plutôt qu'une formule claire ;
- c) Le fait qu'il est conscient que s'il aurait expressément mentionné le nom de la personne de qui il relate, cela n'aurait pas été agréé.

-
Le statut de la narration du mudallis :
Il y a plusieurs avis sur le sujet. En voici les deux plus célèbres :
-- a) Le rejet de la narration du mudallis même s'il emploie la formule "j'ai entendu" ; car le fait même d'être mudallis est une cause de rejet. Cet avis n'est pas agréé.
-- b) L'avis correct est qu'on fait la distinction entre :
---- le cas où il exprime clairement qu'il a entendu de son professeur (par exemple, s'il dit : "j'ai entendu") ; dans ce cas, la narration est acceptée ;
---- le cas où il n'exprime pas clairement qu'il a entendu de la personne de qui il relate (par exemple, s'il dit : "d'après ('an)" ; dans ce cas, la narration n'est pas acceptée.

-
Comment reconnaître le tadlîs ?
On reconnaît le tadlîs par l'un de ces deux éléments :
-- a) Soit le mudallis en informe lui-même lorsqu'on le questionne (par exemple), comme ce fut le cas d'Ibn 'Uyayna ;
-- b) Soit un maître de ce domaine en a fait mention suite à sa recherche.

-
Les écrits les plus célèbres concernant le tadlîs et les mudallis :
Il existe beaucoup de livres concernant le tadlîs et les mudallis. Voici les plus célèbres :
-- a) Trois livres écrits par al-Khatîb al-Baghdâdî : un concernant les noms des mudallis (le livre s'intitule : "at-tabyîn li-asmâ'i-l-mudallisîn"), et les deux autres sont dédiés à l'explication d'une catégorie spécifique de tadlîs chacun.
-- b) At-tabyîn li-asmâ'i-l-mudallisîn écrit par Bur'hân ud-dîn ibn ul-Halabî (ce livre a été édité) ;
-- c) Ta'rîfu ah'l it-taqdîs bi marâtib il-mawsûfîna bi-t-tadlîs écrit par Ibn Hajar (ce livre a aussi été édité).

-

ii) Le hadîth mursal khafiyy :

Définition :
- Littéralement, "mursal" est le participe passif de "arsala" dans le sens de "relâcher". C'est comme si le rapporteur a "relâché" la chaîne de transmission et ne l'a pas "attaché" à un rapporteur connu. Et "khafiyy" signifie : caché, imperceptible, inaperçu. C'est le contraire de "djaliyy" qui signifie : évident, manifeste. Il est ainsi appellé car cette catégorie de hadîth mursal n'est pas flagrante ; on ne l'aperçoit qu'après approfondissement.
- Terminologiquement, c'est le fait, pour un rapporteur, de relater, en employant une formule équivoque (telle que "il a dit"), de quelqu'un qu'il a rencontré ou dont il est contemporain.

-
Exemple :
'Umar ibn 'abd il-'Azîz relate de 'Uqba ibn 'Âmir marfû'an : "Que Dieu fasse miséricorde à celui qui veille sur les troupes"(Ibn Mâja, 2 769).
En fait, 'Umar n'a jamais rencontré 'Uqba (comme l'a affirmé al-Mizzî dans le livre al-atrâf).

-
Comment le reconnaître ?
On reconnaît un hadîth mursal khafiyy par l'un des trois éléments suivants :
-- La mention par les maîtres que ce rapporteur n'a pas rencontré ou n'a rien entendu de celui de qui il relate ;
-- Le rapporteur informe lui-même qu'il n'a pas rencontré ou n'a rien entendu de celui de qui il relate ;
-- Le hadîth est relaté avec une autre chaîne de transmission dans laquelle il y a un autre rapporteur entre ce rapporteur et celui de qui il relate. Néanmoins, il y a divergence parmi les savants concernant ce troisième élément car il se peut que ce soit alors un cas de al-mazîd fî muttasil il-asânîd.

-
Son statut :
Il est faible (dha'îf) car il appartient à la catégorie des hadîths discontinus (munqati').

-
Les livres les plus célèbres concernant le hadîth mursal khafiyy :
Kitâb ut-tafsîl li mub'ham il-marâsîl écrit par al-Khatîb al-Baghdâdî.

-

III. Supplément concernant le hadîth discontinu (munqati') :

i) Le hadîth mu'an'an (معنعن) et le hadîth mu'annan (مؤنن) :

Introduction :
L'exposé des six catégories de hadîth rejeté (mardûd) pour cause d'omission (saqt) dans la chaîne de transmission est terminé. Cependant, compte tenu de la divergence existant au sujet du caractère discontinu ou continu (munqati' ou muttasil) des hadîths mu'an'an (معنعن) et mu'annan (مؤنن), ces deux catégories sont ici citées.

-
Définition du hadîth mu'an'an (معنعن) :
-- a) Littéralement, "mu'an'an" est le participe passif du verbe "'an'ana" (عنعن) qui signifie : "dire : 'an, 'an", c'est-à-dire : "d'après [untel], d'après [untel]".
-- b) Terminologiquement, c'est le fait, pour un rapporteur, de dire : "untel 'an untel", c'est-à-dire : "untel, d'après untel".

-
Exemple :
Ibn Mâjah rapporte en disant : haddathanâ 'Uthmân ibn Abî Shaybah, qui a dit ; haddathanâ Mu'âwiyah ibn Hishâm, qui a dit : haddathanâ Sufyân, 'an Usâmah ibn Zayd, 'an 'Uthmân ibn 'Urwah, 'an 'Urwah, 'an 'Â'icha qu'elle a dit : l'envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "Certes Allâh et ses anges bénissent le côté droit des rangées" (Ibn Majâh, 10005).

-
Le hadîth mu'an'an est-il continu (muttasil) ou discontinu (munqati') ?
Il y a deux avis sur la question parmi les savants :
-- a) Le hadîth mu'an'an est discontinu tant que sa continuité (ittisâl) n'est pas clairement établie.
-- b) L'avis correct, partagé par la majorité des savants du hadîth, de la jurisprudence et des principes (usûl), est que le hadîth mu'an'an est continu (muttasil) à plusieurs conditions. Deux de ces conditions font l'objet d'un consensus tandis que les autres font l'objet d'avis divergents. Les voici :
---- 1) Que celui qui dit relate en employant la formule : "'an" (autrement dit : le mu'an'in) ne soit pas un mudallis ;
---- 2) Que leur rencontre soit possible (c'est-à-dire la rencontre entre le mu'an'in et celui de qui il relate) ;
Ces deux avis font l'objet d'un consensus. D'ailleurs, Muslim se suffit de ces deux conditions.
Voici maintenant les conditions qui font l'objet de divergence :
---- 1) La rencontre effective entre le mu'an'in et celui de qui il relate. C'est l'avis d'al-Bukhârî et d'Ibn ul-Madînî ;
---- 2) Un temps conséquent passé en compagnie de celui de qui il relate (tûl us-suh'ba). C'est l'avis de Abû-l-Muzaffar as-Sam'ânî ;
---- 3) Qu'il soit connu que ce mu'an'in relate de celui de qui il relate (ma'rifatuhû bir-riwâyati 'anhu). C'est l'avis de Abû 'Amr ad-Dânî.

-
Définition du hadîth mu'annan (مؤنن) :
-- Littéralement, "mu'annan" est le participe passif du verbe "annana" qui signifie : "dire : anna, anna" (c'est-à-dire : "que [untel a dit]").
-- Terminologiquement, c'est le fait, pour un rapporteur, de dire : "untel nous a rapporté que (en arabe : "anna") untel a dit...".

-
Le statut du hadîth mu'annan :
-- Ahmad et d'autres sont d'avis qu'il est discontinu tant que sa continuité (ittisâl) n'est pas établie.
-- La plupart des savants sont d'avis qu'employer la formule "anna" équivaut à l'emploi de la formule "'an". Par conséquent, le hadîth mu'annan doit répondre aux mêmes conditions que le hadîth mu'an'an pour être considéré continu.

-

C) Le hadîth rejeté à cause du défaut du rapporteur :

Sens de "défaut du rapporteur" :
Cela signifie qu'il y a eu des critiques formulées à l'encontre soit de son intégrité morale, soit de sa rétention mémorielle.
Mahmûd at-Tahhân exprime cela ainsi : "المراد بالطعن في الراوي جرحه باللسان، والتكلم فيه من ناحية عدالته ودينه، أو من ناحية ضبطه وحفظه" (Tasysîru mustalah il-hadîth, p. 75).

-
Les différentes raisons de critique d'un rapporteur :
Il y en dix. Cinq d'entre elles concernent l'intégrité morale tandis que les les cinq autres concernent la rétention mémorielle. Les voici :
-- a) Les critiques concernant l'intégrité morale ('adâla):
---- 1) Le mensonge ;
---- 2) La suspicion de mensonge ;
---- 3) Le fisq ;
---- 4) L'innovation ;
---- 5) La djahâla (djahâlatul-'ayn).
-- b) Les critiques concernant la capacité intellectuelle (dhabt) :
---- 1) De graves erreurs (فحش الغلط) ;
---- 2) La mémoire défaillante (سوء الحفظ) ;
---- 3) L'inadvertance (الغفلة) ;
---- 4) De nombreuses erreurs (كثرة الأوهام) ;
---- 5) De nombreuses contradictions avec les narrations des rapporteurs fiables (كثرة مخالفة الثقات).

Nous étudierons ci-après, s'il plaît à Dieu, les catégories de hadîth rejeté à cause de chacune de ces causes, en commençant par la cause de critique la plus grave : le mensonge.

-

I. Le hadîth inventé (موضوع) :

Un hadîth dont la chaîne de transmission contient un rapporteur critiqué pour son mensonge concernant le messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), un tel hadîth est appelé : "maw'dhû'", c'est-à-dire : inventé.

-
Définition :
a) Littéralement, "maw'dhû'" est le participe passif du verbe "wadha'a ash-shay'a" qui signifie : baisser une chose. Ce type de hadîth a ainsi été désigné compte tenu de l'abaissement de son grade.
b) Terminologiquement, c'est un mensonge forgé de toutes pièces attribué mensongèrement au Prophète (que Dieu le bénisse et le salue).

-
Son grade :
C'est le pire type de hadîth faible (ضعيف).

-
La règle concernant sa narration :
Il y a consensus des savants sur le fait qu'il est interdit à toute personne connaissant son caractère mensonger de le relater sauf à préciser expressément son caractère inventé. Et pour cause, le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "Quiconque relate une parole de moi alors qu'il pense que c'est un mensonge, alors il est l'un des deux menteurs" (Muslim, introduction).

-
Les différents cas de figure d'invention de hadîths :
Il y a deux cas de figure :
a) soit le menteur invente une parole qui vient de lui-même, puis il lui invente une chaîne de transmission ;
b) soit il emprunte une parole de certains sages ou autres, puis il lui invente une chaîne de transmission.

-
Comment reconnaître un hadîth inventé ?
Sans même analyser la chaîne de transmission, on peut reconnaître un hadîth maw'dhû' de différentes manières :
a) l'aveu du menteur lui-même.
Par exemple, Abû 'Isma Nûh ibn Abî Maryam a avoué lui-même qu'il a inventé le hadîth concernant les mérites de chaque sourate du Coran qu'il a prétendu relater d'Ibn 'Abbâs (que Dieu l'agrée).
b) Ce qui fait office d'aveu.
Par exemple, le menteur prétend relater d'une personne. Puis on le demande sa date de naissance, et il y répond en donnant une date postérieure à celle du décès de cette personne, alors même que le hadîth en question n'est relaté que par ce menteur.
c) Un indice dans le rapporteur lui-même.
Par exemple, il est râfidhî et le hadîth qu'il prétend relater est au sujet des mérites des ahl ul-bayt.
d) Un indice dans le contenu du hadîth.
Par exemple, le contenu du hadîth contredit un verset explicite du Coran.

-
Les différents mobiles d'invention du hadîth :
Les inventeurs de hadîth peuvent avoir des motivations diverses et variées. En voici certaines :
a) Se rapprocher de Dieu en inventant des hadîths qui encouragent les gens à faire de bonnes actions ou qui les dissuadent de commettre des interdits. Cette catégorie d'inventeurs de hadîth correspond souvent aux gens qu'on dit pieux et zâhid. Ce sont les inventeurs de ce type qui sont les pires car les gens les font confiance.
Parmi eux il y a Maysara ibn 'Abdi Rabbih. En effet, Ibn Hibbân a rapporté dans son livre "ad-dhu'afâ'" de Ibn Mahdî qu'il a dit : j'ai demandé à Maysara ibn 'Abdi Rabbih : d'où as-tu pris ces hadîths ("celui qui a lu ceci aura cela [en récompense]") ? Il répondit : je les ai inventés afin d'encourager les gens.
b) Défendre une école de pensée. Par exemple, les khawârij et les shî'a ont inventé des hadîth afin de confirmer leurs avis. Nous pouvons citer l'exemple du hadîth inventé : 'Alî est le meilleur des hommes, celui qui doute de cela a fait preuve d'incroyance.
c) Affaiblir l'islâm. Par exemple, les zindîq n'ont pas pu comploter contre l'islâm ouvertement, alors ils l'ont fait de manière discrète en inventant des hadîths. L'un d'eux se nomme Muhammad ibn Sa'îd ash-Shâmî. Il a prétendu rapporter de Humayd, de Anas marfû'an : je suis le dernier des prophètes, il n'y aura pas de prophète après moi sauf si Dieu le veut.
d) Courtiser les puissants. C'est-à-dire que certaines personnes dont la foi était faible inventaient des hadîths qui allaient dans le sens de ce que faisaient les dirigeants. Par exemple, l'histoire de Ghiyâth ibn Ibrâhîm an-Nakha'î al-Kûfî avec amîr ul-mu'minîn al-Mahdî : il vint auprès de lui alors qu'il jouait avec un pigeon, c'est alors qu'il relata le hadîth du Prophète : "Il ne doit y avoir aucune récompense (pour la victoire lors d'une compétition) sauf pour les compétitions de flèches, de chameaux ou de chevaux". Sauf que Ghiyâth a rajouté : "ou de pigeon" alors que cela ne figure pas dans la parole du Prophète. Al-Mahdî détecta cette invention et ordonna qu'on égorge le pigeon. Il repoussa donc l'inventeur de hadîth et le traita de la manière contraire à ce qu'il espérait (en inventant un hadîth allant dans son sens).
e) La recherche d'un profit financier. C'était le cas des conteurs qui tirent un revenu des histoires qu'ils racontent aux gens. Pour ce faire, ils inventent des histoires divertissantes et impressionnantes afin de capter l'attention de leur auditoire. L'un d'entre eux fut Abû Sa'îd al-Madâ'inî.
f) La quête de célébrité. Parmi les gens de cette catégorie, il y a Ibn Abî Dih'ya et Hammâd an-Nasîbî.

-
Les prétentions des karrâmiyya (كرامية) concernant l'invention de hadîths :
Un groupe de mubtadi' qui s'appelle les "karrâmiyya" a prétendu qu'il est autorisé d'inventer des hadîths qui encouragent au bien et dissuadent du mal. Pour tenter de prouver le bien-fondé de leur avis, ils ont cité la partie supplémentaire (زيادة) du hadîth qui est relatée avec certaines chaînes de transmission : "Quiconque ment sur moi volontairement... afin d'égarer les gens". Sauf que cette partie supplémentaire (زيادة) n'est pas établie (thâbit) selon les savants du hadîth.
D'autres ont argumenté ainsi : "nous mentons en faveur du prophète et non pas contre lui" : (نكذب له لا عليه). C'est là une argumentation absurde tant la religion n'a pas besoin de menteurs pour se propager.
Cette prétention est de toute manière contraire au consensus des savants. Abû Muhammad al-Djuwaynî est allé jusqu'à considérer incroyante la personne qui invente des hadîth : "وهذا الزعم خلاف إجماع المسلمين، حتى بالغ الشيخ أبو محمد الجويني، فجزم بتكفير واضع الحديث" (Taysîru mustalah il-hadîth, p. 78).

-
L'erreur de certains exégètes du Coran dans la mention de certains hadîths inventés dans leur livre :
Certains mufassir ont mentionné des hadîths inventés dans leur livre d'exégèse coranique sans en préciser le caractère inventé. Notamment le hadîth relaté par Ubayy ibn Ka'b concernant les mérites de chaque sourate du Coran.
Parmi ces mufassir il y a :
a) At-Tha'labî
b) Al-Wâhidî
c) Az-Zamakh'sharî
d) Al-Baydhâwî
e) Ash-Shawkânî

-
Les écrits les plus célèbres concernant les hadîths inventés :
a) "Kitâb ul-maw'dhû'ât" écrit par Ibn ul-Djawzî. Il fait partie des plus anciens savants qui ont écrit sur le sujet. Cependant, il considère facilement un hadîth comme inventé (متساهل في الحكم على الحديث بالوضع) ; d'où la critique des savants à ce sujet.
b) "Al-la'âli' ul-masnû'a fî-l-ahâdîth il-mawdhû'a" écrit par as-Suyûtî. C'est un résumé, une correction de certains points ainsi qu'une augmentation du livre d'Ibn ul-Djawzî.
c) "Tanzîh ush-sharî'ati-l-marfû'a 'an il-ahâdîth ish-shanî'ati-l-mawdhû'a" écrit par Ibn ul-'Irâq al-Kinânî. C'est un livre qui résume ce que ses prédécesseurs ont écrit. C'est un livre bien structuré et profitable.

-

II. Le hadîth délaissé (متروك) :

Un hadîth dont la chaîne de transmission contient un rapporteur critiqué pour une suspicion de mensonge concernant le messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), un tel hadîth est appelé : "matrûk", c'est-à-dire : délaissé.

-
Définition :
a) Littéralement, "matrûk" est le participe passif de "tark" qui signifie : délaissement. Par ailleurs, les arabes désignent par "tarîka" (au sens de : "délaissé puisque sans utilité") l'oeuf après que l'oisillon en soit sorti.
b) Terminologiquement, c'est le hadîth dont la chaîne de transmission contient un rapporteur suspecté de mensonge.

-
Les causes de suspicion d'un rapporteur sont au nombre de deux :
a) Que ce hadîth ne soit rapporté que par lui, et qu'il soit en contradiction avec les principes connus*.
b) Qu'il soit connu pour mentir dans ses propos quotidiens sans qu'il ne soit établi qu'il ait menti dans la narration des hadîths.

-
Exemple :
Le hadîth relaté par 'Amr ibn Shamir al-Dju'fî al-Kûfî, 'an 'Ali et 'Ammâr qui ont tout deux dit : le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) accomplissait le qunût dans (la prière du) fadjr, et il proclamait la grandeur de Dieu depuis la prière du matin jusqu'à la prière du 'assr du dernier des jours du tashrîq.
An-Nasâ'î, ad-Dâraqutnî et d'autres ont dit à propos de 'Amr ibn Shamir qu'il est : متروك الحديث (dont le hadîth est délaissé).

-
Son rang :
Ibn Hajar a établi un ordre des hadîth faibles selon le degré de gravité, du plus sévère au moins sévère. Voici l'ordre qu'il propose :
- Le plus grave : le hadîth inventé (mawdhû') ;
- Ensuite : le hadîth délaissé (matrûk) ;
- Ensuite : le hadîth munkar ;
- Ensuite : le hadîth qui a un défaut caché (mu'allal) ;
- Ensuite : le hadîth mudraj ;
- Ensuite : le hadîth maqlûb ;
- Enfin, le hadîth mud'tarib (مضطرب).

-

III. Le hadîth munkar (منكر) :

Un hadîth dont la chaîne de transmission contient un rapporteur critiqué pour la gravité de son erreur (فحش الغلط), le grand nombre de ses erreurs (كثرة الأوهام) ou pour son fisq, un tel hadîth est appelé : "munkar".

-
Définition :
a) Littéralement, "munkar" est le participe passif de "Inkâr" qui signifie rejet, contestation. C'est le contraire de "iqrâr" qui signifie approbation.
b) Terminologiquement, les savants en ont donné de nombreuses définitions. Voici deux des plus célèbres :
--- c'est le hadîth dont la chaîne de transmission contient un rapporteur dont l'erreur est grave, dont les erreurs sont nombreuses ou dont le fisq est établi : "هو الحديث الذي في إسناده راوٍ فحش غلطه، أو كثرت غفلته، أو ظهر فسقه" (Taysîru mustalahi-l-hadîth, p. 81).
Cette définition a été citée par Ibn Hajar mais il l'a attribuée à quelqu'un d'autre que lui.
Al-Bayqûnî a aussi cité cette définition dans al-manzûmatu-l-bayqûniyyah.
--- c'est le hadîth relaté par un rapporteur faible qui contredit la version d'un rapporteur fiable (thiqa).
Cette définition est celle qu'Ibn Hajar a adoptée.
En fait, cette définition contient un détail supplémentaire par rapport à la première : la contradiction entre la narration du rapporteur faible par rapport à celle du fiable.

-
La différence entre le hadîth munkar et le hadîth shâdhdh (شاذ) :
a) Le hadîth shâdhdh (شاذ) est relaté par un rapporteur accepté (et non pas faible) mais contredit la narration d'un autre rapporteur encore plus fiable que lui.
b) Le hadîth munkar est relaté par un rapporteur faible et contredit la narration d'un rapporteur fiable.
On note donc qu'ils sont identiques dans le critère de contradiction mais différents dans la fiabilité de leur rapporteur (fiable pour le hadîth shâdhdh et faible pour le hadîth munkar).

Ibn Hajar dit : celui qui dit que les deux sont identiques fait une erreur. Il fait allusion à la parole d'Ibn us-Salâh : "le hadîth munkar se divise en deux catégories, conformément à ce que nous avons cité concernant le hadîth shâdhdh ; puisqu'il a le même sens" (ma'rifatu 'ulûm il hadîth, p. 80).

-
Exemple :
a) Exemple pour la première définition : selon Abû Zukayr Yahyâ ibn Muhammad ibn Qays, 'an Hishâm ibn 'Urwah, 'an son père, 'an 'Â'isha marfû'an : mangez des dattes vertes avec des dattes mûres ; car lorsque le fils d'Adam le mange, Satan se met en colère (An-Nasâ'î, Ibn Mâjah).
An-Nasâ'î dit de ce hadîth qu'il est munkar. En effet, Abû Zukayr est le seul à le relater, or il n'est pas du niveau où son tafarrud est accepté. Muslim a d'ailleurs rapporté de lui mais dans les mutâba'ât.
b) Exemple pour la seconde définition : Selon Habîb ibn Habîb az-Zayyât, 'an Abî Is'hâq, 'an al-'Ayzâr ibn Hurayth, 'an Ibn 'Abbâs , 'an le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) qu'il a dit : "celui qui accomplit la prière, donne la zakât, accomplit le pélerinage à la Maison, jeune et accorde l'hospitalité à l'hôte entrera au paradis" (Ibn Abî Hâtim).
Abû Hâtim qualifie ce hadîth de munkar ; car un autre rapporteur fiable l'a relaté de Abû Is'hâq mais sans l'attribuer au Prophète (mawqûfan). Et c'est cette version mawqûf qui est ma'rûf (le contraire du munkar).

-
Son rang :
Le hadîth munkar est une catégorie de hadîth très faible (ضعيف جدا). En effet, selon la définition, soit le rapporteur commet une grave erreur, de nombreuses erreurs ou est fâsiq, soit il est faible et sa version contredit celle d'un autre rapporteur fiable. Dans les deux cas, il y a une grande faiblesse. C'est pourquoi le hadîth munkar est classé juste après le hadîth matrûk en ordre de gravité.

-

IV. Le hadîth ma'rûf :

Définition :
a) Littéralement, "ma'rûf" est le participe passif du verbe "'arafa" qui signifie : reconnaître.
b) Terminologiquement, c'est le hadîth relaté par un rapporteur fiable et qui est contredit par un autre rapporteur faible.
C'est donc l'opposé du hadîth munkar (selon la définition d'Ibn Hajar).

-
Exemple :
C'est le même exemple que pour le hadîth munkar cité précédemment mais selon la version relatée par les rapporteurs fiables. Et eux le relatent comme la parole d'Ibn 'Abbâs et non pas celle du Prophète (mawqûfan et non pas marfû'an).

-

V. Le hadîth shâdhdh (شاذ) et mahfûz (محفوظ) :

Définition du hadîth shâdhdh (شاذ) :
a) Littéralement, "shâdhdh" est le participe actif du verbe "shadhdha" qui signifie être isolé, se trouver seul. Le sens de "shâdhdh" est donc : l'isolé par rapport à la majorité.
b) Terminologiquement, c'est le hadîth relaté par un rapporteur accepté (maqbûl) qui contredit la version relatée par un autre rapporteur d'un degré de fiabilité plus élevé que lui.

-
Explication de la définition :
Le rapporteur accepté c'est :
-- soit celui qui est moralement intègre ('adl) et dont la capacité intellectuelle est entière ;
-- soit celui qui est moralement intègre mais donc la capacité intellectuelle est amoindrie.
Ensuite, le rapporteur d'un degré de fiabilité plus élevé que lui, c'est :
-- soit un rapporteur qui a une capacité intellectuelle supérieure ;
-- soit c'est un rapporteur qui relate une version corroborée par de nombreux autres rapporteurs ;
-- etc.
Mahmûd at-Tahhân exprime cela en ces termes : "المقبول هو: العدل الذي تم ضبطه، أو العدل الذي خف ضبطه، والذي هو أولى منه: هو الراوي الذي يكون أرجح منه؛ لمزيد ضبط، أو كثرة عدد، أو غير ذلك من وجوه الترجيحات".

Ceci étant dit, il y a tout de même divergence entre les savants concernant sa définition. Celle-ci est celle qu'Ibn Hajar a considérée être la plus pertinente.

-
Où peut se produire le shudhûdh (شذوذ) ?
Un hadîth peut être shâdhdh (شاذ) à cause d'une shudhûdh (شذوذ) soit dans sa chaîne de transmission (sanad), soit dans son contenu (matn).

a) Exemple de shudhûdh dans la chaîne de transmission :
Selon Ibn 'Uyayna, 'an 'Amr ibn Dînâr, 'an 'Awsaja, 'an Ibn 'Abbâs : qu'un homme est décédé au temps du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue), et il n'a laissé aucun héritier sauf un esclave qu'il avait affranchi (an-Nasâ'î, Ibn Mâjah et Abû Dâoûd dans le même sens).
Ibn djurayj a relaté également ce hadîth avec cette chaîne de transmission contrairement à Hammâd ibn Zayd qui l'a relaté de 'Amr ibn Dînâr, 'an 'Awsaja mais sans citer Ibn 'Abbâs. Il y a donc d'une part deux personnes, Ibn 'Uyayna et Ibn Djurayj, qui relatent ce hadîth d'une manière (avec Ibn 'Abbâs en bout de chaîne) et d'autre part une personne qui le relate d'une autre manière (sans Ibn 'Abbâs).
Abû Hâtim a considéré que le hadîth mah'fûz est celui d'Ibn 'Uyayna car, bien que Hammâd ibn Zayd soit moralement intègre et a une capacité intellectuelle complète, il se trouve qu'il contredit la version de deux autres personnes. Le plus grand nombre l'emporte donc sur le plus petit.

b) Exemple de shudhûdh dans le contenu du hadîth (matn) :
Selon 'Abd ul-Wâhid ibn Ziyâd, 'an al-A'mash, 'an Abû Sâlih, 'an Abû Hurayra marfû'an : "lorsque l'un de vous accomplit (la prière du) fadjr, qu'il s'allonge sur sa droite" (Abû Dâoûd dans le même sens au n°1261, Tirmidhî avec les mêmes mots au n°420).
Al-Bayhaqî dit que 'Abd ul-Wâhid contredit un grand nombre d'autres rapporteurs ; en effet, ce hadîth a été relaté en tant qu'action du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) et non en tant que parole de ce dernier (alors que 'Abd ul-Wâhid l'a relaté en tant que parole du Prophète). Aussi, 'Abd ul-Wâhid est le seul, parmi ceux qui relatent de al-A'mash, à relater ce hadîth avec ces mots.

-
Le hadîth mahfûz :
Le hadîth mahfûz est l'opposé du hadîth shâdhdh. C'est la narration d'un rapporteur plus fiable qui est en contradiction avec celle d'un moins fiable que lui.
Comme exemple du hadîth mahfûz, on prendra les deux mêmes exemples du hadîth shâdhdh sus cités mais selon les versions relatées par les plus fiables.

-
Statut du hadîth shâdhdh et mahfûz :
Le hadîth shâdhdh est rejeté alors que le hadîth mahfûz est accepté.

-

VI. Le hadîth mu'allal :

Un hadîth dont la chaîne de transmission contient un rapporteur critiqué pour son "wahm", un tel hadîth est appelé : "mu'allal".

-
Définition :
a) Littéralement, "mu'allal" est le participe passif du verbe : "a'alla".
Mahmûd at-tahhân écrit : "لغة: اسم مفعول، من "أعله" بكذا فهو "معل" وهو القياس الصرفي المشهور، وهو اللغة الفصيحة، لكن التعبير بـ"المعلل" من أهل الحديث جاء على غير المشهور في اللغة ومن المحدثين من عبر عنه بـ"المعلول" وهو ضعيف مرذول عند أهل العربية واللغة" (Taysîru mustalahi-l-hadîth, p.85).
b) Terminologiquement, c'est le hadîth qui, bien qu'apparemment exempt de défaut, contient un défaut qui affecte son authenticité.

-
Définition de la 'illa :
La 'illa est un défaut caché et discret qui affecte l'authenticité du hadîh. On notera donc qu'elle a deux caractéristiques :
-- être caché et discret (غامض خفي) ;
-- affecter l'authenticité du hadîth.
Par conséquent, si un défaut est apparent ou n'affecte pas l'authenticité du hadîth, ce n'est pas une 'illa au sens terminologique du terme.

-
Parfois, le terme 'illa est employé avec son sens non-terminologique :
La définition sus-citée est celle de la terminologie des savants du hadîth, mais parfois ceux-ci peuvent l'employer au sens de : "défaut quelconque du hadîth", même si celui-ci n'est pas caché ou n'affecte pas l'authenticité du hadîth.
a) Le premier type de défaut qui est parfois désigné par "'illa" : le mensonge du rapporteur, sa "غفلة", un défaut de sa mémoire, et autres.
b) Le second type : une contradiction qui n'affecte pas l'authenticité du hadîth. Par exemple, relater un hadîth en tant que mursal alors qu'un rapporteur fiable l'a relaté de manière mawsûl.
Compte tenu de cela, certains savants disent qu'il y a des hadîths authentiques qui sont donc authentique et mu'allal.

-
Sa subtilité :
Connaître les 'illa des hadîth est une des sciences du hadîth les plus subtiles ; car cela demande une maîtrise que seuls ceux doués d'une bonne mémoire, d'expérience, et de compréhension possèdent.
Parmi ceux qui l'ont maîtrisé il y a Ibn ul-Madînî, Ahmad, al-Bukhârî, Abû Hâtim et ad-Dâraqutnî.

-
Dans quel type de chaîne de transmission il peut y avoir une 'illa ?
C'est dans une chaîne de transmission qui répond aux critères d'authenticité en apparence qu'il peut y avoir une 'illa, puisqu'une chaîne qui n'y répond pas, son contenu n'est pas pris en considération.

-
Comment déceler une 'illa ?
On peut déceler une 'illa à travers plusieurs éléments :
a) Le fait que le rapporteur soit le seul à relater le hadîth (tafarrud ur-râwî) ;
b) Le fait qu'il soit en contradiction avec la narration d'un autre (mukhâlafatu ghayrihî lahû) ;
c) D'autres indices qui s'ajoutent à ces deux éléments a) et b).

Ces éléments indiquent une erreur du rapporteur (comme le fait que le hadîth soit en réalité mursal alors que le rapporteur l'a relaté de manière mawsûl, ou le fait que le hadîth soit en réalité mawqûf alors que le rapporteur l'a relaté de manière marfû' ou encore le fait que le rapporteur a inclu dans un hadîth le contenu d'un autre hadîth, et d'autres erreurs encore). Ces éléments vont donc pousser celui qui étudie le hadîth à le considérer comme non authentique.

-
Quel processus suivre pour reconnaître un hadîth mu'allal ?
Cela est possible en rassemblant toutes les chaînes du hadîth, puis en analysant les différences de narration, puis en comparant la capacité intellectuelle et la maîtrise des rapporteurs, puis en définissant quelle narration est mu'allal.

-
Où peut se trouver la 'illa ?
a) Elle peut se trouver dans la chaîne de transmission (c'est la majorité des cas).
b) Elle peut se trouver dans le contenu du hadîth (c'est la minorité des cas). Par exemple, le hadîth qui affirme qu'il n'y a pas de lecture de la basmala dans la prière.

-
Est-ce que la 'illa dans la chaîne de transmission affecte l'authenticité du contenu ?
a) Parfois oui. Par exemple, lorsque la 'illa consiste en le fait que le hadîth est en réalité mursal.
b) Parfois non. Donc il y a des cas où il y a une 'illa dans la chaîne, mais le contenu du hadîth demeure authentique.
Par exemple, le hadîth relaté par Ya'lâ ibn 'Ubayd, 'an ath-Thawrî, 'an 'Amr ibn Dînâr, 'an Ibn 'Umar marfû'an : "Le vendeur et l’acheteur ont la possibilité d’annuler ou de confirmer la transaction...". Dans cette chaîne, Ya'lâ a fait une erreur en disant que Sufyân ath-Thawrî a relaté de "'Amr ibn Dînâr" puisqu'il s'agit en fait de 'Abdullâh ibn Dînâr. Donc, bien qu'il y ait une erreur dans la chaîne de transmission, le contenu du hadîth demeure authentique ; car autant 'Amr ibn Dînâr que 'Abdullâh ibn Dînâr sont fiables.

-
Les écrits les plus célèbres le concernant :
a) "Kitâb ul-'ilal" écrit par Ibn ul-Madînî
b) "'Ilal ul-hadîth" écrit par Ibn Abî Hâtim
c) "Al-'ilal wa ma'rifat ur-ridjâl" écrit par Ahmad
d) "Al-'ilal ul-kabîr" et "Al-'ilal us-saghîr" écrit par at-Tirmidhî
e) "Al-'ilal ul-wâridatu fî-l-ahâdîth in-nabawiyyah" écrit par ad-Dâraqutnî.

-

VII. La contradiction avec les rapporteurs fiables :

Un hadîth dont la chaîne de transmission contient un rapporteur critiqué pour sa contradiction avec les rapporteurs fiables, un tel hadîth peut s'appeler de différentes manières selon la nature de la contradiction. Il y a : le mudraj, le maqlûb, le al-mazîd fî muttasil il-asânîd, al-mudtarib et al-musahhaf.

-

i) Le hadîth mudraj :

Définition :
a) Littéralement, "mudraj" est le participe passif du verbe "adraja-sh-shay'a fî-sh-shay'i" qui signifie : inclure, insérer une chose dans une autre.
b) Terminologiquement, c'est le hadîth dont la chaîne de transmission a été reliée à un contenu qui n'est pas le sien (mâ ghuyyira siyâqu isnâdihî) ou un hadîth dans le contenu duquel il y a eu un ajout sans séparation (qui signalerait que cet ajout ne fait pas partie du contenu originel du hadîth).

-
Ses catégories :
Il y a deux types de hadîth mudraj : le mudraj ul-isnâd et le mudraj ul-matn.
- Le mudraj ul isnâd :
--- Définition : c'est le hadîth dont la chaîne de transmission a été reliée à un contenu qui n'est pas le sien.
--- Un de ses cas de figure :

La suite sera publiée plus tard bi idhnillâh...

Wallâhu a'lam (Dieu sait mieux).

Source :
Taysîru mustalahi-l-hadîth de Mahmûd at-Tahhân